Transfert de l’aéroport Tunis-Carthage

Une non-décision inacceptable !

Transfert de l’aéroport Tunis-Carthage

Une non-décision inacceptable !

La Chambre de commerce et d’industrie du nord-est Bizerte (CCINE Bizerte), en partenariat avec la Municipalité de l’Utique, a organisé, mardi 14 juin 2022, « La journée d’Utique » afin de délivrer un message d’espérance dans cette région oubliée et frappée par le chômage et la crise depuis des siècles et ce, malgré le potentiel qui y réside où il n’y a pas seulement un paysage industriel, mais on a vu un centre économique, une renaissance patrimoine et culturelle, une excellente destination touristique et archéologique de choix…Toutes les parties prenantes (acteurs économiques, décideurs, société civile…) se sont réunis ensemble pour dire que ‘’demain est un autre jour’’.

Avec un programme assez riche et diversifié, présenté par M. Faouzi Ben Aissa, président de la CCINE Bizerte, en présence du gouverneur de Bizerte, M. Samir Abellaoui, une attention particulière a été portée aux différents projets structurants dans le cadre du partenariat public-privé (PPP), qui concernent particulièrement cette région et le gouvernorat de Bizerte, d’une manière générale. Le sujet du transfert de l’aéroport Tunis-Carthage, qui ne date pas d’aujourd’hui mais qui n’a pas encore abouti sur des solutions concrètent, a alimenté une grande partie du débat, étant donné que Tunis-Carthage fait face à une capacité d’accueil qui touche à ses limites, avec une infrastructure obsolète, des terminaux engorgés, des perturbations régulières… Mais malgré un constat amer et non rassurant, ce sujet ne cesse de diviser la classe politique, sociale et économique. Cette journée était, donc, une occasion pour lancer un nouvel appel, le énième, pour remettre le sujet sur la table, malgré que l’annonce du transfert ait été prononcée par un conseil des ministres en date du 27 juillet 2017. Mais entre-temps, rien n’a été fait par les autorités concernées.

Une loi en souffrance…

Au cœur de cette bataille Borhene Dhaouadi, président de l’association Tunisian Smart Cities et Directeur Development Méditerranée, Architecte – Referent “Smart & Sustainable Cities” – Setec International, qui a appelé depuis plus de cinq ans au transfert de l’aéroport avec en main une vision multidimensionnelle et des études comparatives entre les divers scénarios.

Mais avant d’entrer dans les détails de ce projet, qui devrait être réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé, il n’est pas inutile de rappeler que les PPP doivent s’inscrire dans un cadre juridique et institutionnel qui corresponde aux bonnes pratiques internationales tout en épousant les spécificités de la Tunisie. Mais comme la complexité est une spécialité typiquement tunisienne, le débat sur les PPP ne peut pas passer inaperçu. D’après M.Dhaouadi, à cause d’une administration peu coopérative, lourde, paralysante pour les entreprises et les acteurs économiques d’une manière générale, réussir un projet en PPP dans notre pays reste une opération un peu délicate et complexe.

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« Au niveau du cadre réglementaire, on a ressenti une amélioration notamment sur les conditions de l’octroi des concessions en mode offres spontanées, mais c’est le mode de fonctionnement de l’administration qui devrait s’en trouver renouvelé, car dans l’état actuel des choses, notre administration est devenue une source de blocage pour le développement des PPP, un obstacle à l’investissement et se transforme en une lourde bureaucratie tatillonne et lente… Chaque jour, on doit faire face à un système imbu de démarches administratives interminables et compliquées et la plus simple des procédures pourrait prendre des jours, voire des semaines ou même des mois. A cet égard, pour libérer notre pays des chaînes d’une bureaucratie suffocante et d’une administration stagnante, on a besoin de textes de lois qui faciliteraient et organiseraient plus efficacement les services administratifs, sinon on va continuer toujours dans la contradiction permanente entre discours et actes, entre objectifs annoncés et mécanismes mises en place pour concrétiser ces objectifs…

C’est un cercle vicieux qui peut durer longtemps malgré les efforts déployés par l’Instance générale de PPP. Car qu’on le veuille ou non, la loi sur le PPP existe. Elle a été modifiée et améliorée mais malheureusement, elle n’a pas été suffisamment promue en interne par l’administration et doit être impérativement accompagnée par des mesures spécifiques à chaque secteur surtout quand il s’agit d’un secteur dans lequel l’Etat exerce des monopoles…Ceci est encore vrai, aujourd’hui, avec notamment la crise économique ayant frappé la Tunisie depuis des années, celle sanitaire qui n’a épargné aucun secteur, le marasme du marché qui s’ensuivit, la réponse prudente des investisseurs et des bailleurs de fonds…, et surtout l’existence d’un grand problème de liquidité et de ressources financières au niveau de l’Etat, d’où la nécessité et l’obligation de pousser vers les PPP », a-t-il précisé.

Plus qu’une nécessité !

Revenant au sujet de l’aéroport, Borhéne Dhaouadi n’a pas manqué de rappeler que cette question a été abordée à maintes reprises depuis plus de cinq ans avec les mêmes paramètres et les mêmes contraintes sauf que le coût sera, aujourd’hui, à 30% plus cher. En partant d’un autre angle de vue qui touche tout le monde et qui peut effrayer chaque Tunisien, M.Dhaoudi a précisé que sur les 760 mille chômeurs qui existent dans le pays, plus d’un tiers (soit 270 mille) se situe dans la région du Nord et Nord-Ouest, notamment, le Grand Tunis (200 mille), Bizerte (21 mille), Béja (20 mille) et Jendouba (29 mille). Pour lui, l’enjeu est de taille, aujourd’hui, car ce dossier concerne non seulement la Tunisie, mais aussi toute l’Afrique, la Méditerranée, l’écosystème économique mondial et la nouvelle cartographie post-Covid qui sera mise en place.

« Cette région, qui se situe entre le Nord et le Nord-Ouest, représente le triangle des bermudes de la Tunisie où l’un tiers des sans emplois existe. Pour révolutionner la situation, on a besoin, aujourd’hui, de créer une vraie métropole qui s’appelle Tunis, ce qui nécessite une grosse locomotive économique continentale et non pas nationale. Et donc, le transfert de l’aéroport n’est plus un choix mais une obligation… Pour atteindre cet objectif, on a besoin d’intégrer ce projet dans une grosse opération baptisée ‘’Tunis Aéroport City’’, qui sera le premier smart aéroport en Afrique à 25km au Nord de la capitale », a-t-il souligné.

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Une opération d’intérêt national

M.Dhaouadi a ajouté qu’avec ses douze composantes (terminal Aéroportuaire, Automotive City, Aéroport City, Centre International de Tri postal…), son mode PPP et toutes les formes possibles, ce nouveau site aéroportuaire permet de créer un maillon fort dans la connexion Nord-Sud, qui relie et rapproche les deux rives méditerranéennes, en créant un Hub international de transport aérien et un pôle industriel et compétitif à l’échelle méditerranéenne. Ceci permettrait à la ville de Tunis de se débarrasser des servitudes aériennes et donc de monter en hauteur pour réduire l’hémorragie de l’étalement urbain. A cet égard, le nouvel aéroport, qui deviendrait l’Aéroport du Grand Nord ou du triangle économique du pays, regrouperait l’ensemble des activités économiques (services, finances, tourisme, agriculture, industrie…) de la zone Tunis-Bizerte-Béja.

« Il s’agit d’un investissement énorme de 4 milliards de dollars et d’une chance pour créer plus de 60.000 emplois sur une superficie globale de 5.000 ha… Ce projet ne s’adresse pas forcément au marché tunisien mais plutôt au monde entier puisque qu’il prévoit la mise en place des prémices d’une GIGA-FACTORY tunisienne aux portes de l’Europe et de l’Afrique, située sur les autoroutes de la mer et celles du ciel. Et donc, le nouvel aéroport sera l’occasion de développer toute une ville qui comporte un centre international de transport, d’industrie et de logistique… Ne pas le faire, coûtera encore plus cher à long terme car ce projet est une opération d’intérêt national qui nécessite une mobilisation de la collectivité nationale et un Etat qui doit assumer ses responsabilités pour pouvoir réaliser l’une des priorités de l’économie nationale… On veut un pays capable de capitaliser sur sa démocratie naissante et innovante pour inventer un nouveau modèle socio-économique tunisien car, nous et les prochaines générations voulons un programme qui nous permet de rêver notre pays et non pas ceux des autres…», a-t-il encore précisé.

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