L’industrie polonaise des jeux vidéo à l’honneur en Tunisie

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Les industries créatives polonaises étaient à l’honneur dans plusieurs universités tunisiennes. En effet, grâce au projet de coopération « Digital Dreamers » entre l’ambassade de Pologne en Tunisie et le Think Tank tunisien Mediterranean Development Initiative (MDI), les étudiants tunisiens ont pu se familiariser avec l’industrie gaming polonaise, pratiquement inconnue chez nous, ou presque.

Presque, car tous les jeunes connaissent The Witcher III. Ce succès mondial, né dans les locaux de l’entreprise CD Projekt Red à Varsovie, met en scène l’univers médiéval fantastique du Sorceleur (The Witcher), créé par Andrzej Sapkowski un des auteurs fantastiques les plus connus de la Pologne des années 1990.

Le groupe polonais CD Projekt Red, fondée en 1994, n’était à l’origine qu’un simple distributeur et traducteur de jeux vidéo étrangers. Il est devenu, très vite, une véritable success story internationale et compte maintenant trois studios à Varsovie, Cracovie, et Wrocław. CD Projekt Red est aujourd’hui coté en Bourse et a une capitalisation boursière qui s’élève à plus de 3 milliards de dollars (3.38 milliards USD en mai 2018). Le studio travaille actuellement sur le développement d’un nouveau jeu, futuriste, Cyberpunk 2077, qui devrait confirmer la place qu’occupe l’industrie polonaise sur la scène mondiale du jeu vidéo.

Les secrets de la réussite polonaise

L’industrie polonaise du jeu vidéo a commencé à émerger au tournant des années 1980-1990. La faible protection des droits de propriété intellectuelle, à l’époque communiste a paradoxalement encouragé la création puisque les geeks polonais pouvaient alors s’initier à la technique en piratant les jeux étrangers. C’est ainsi que s’est développée une véritable communauté de joueurs et de programmeurs qui n’ont pas tardé à s’intéresser à la production de contenus. Beaucoup ont alors pu devenir des créateurs de jeux vidéo autodidactes.

La passion pour l’innovation, conjuguée avec une main-d‘œuvre qualifiée, de faibles coûts de production et un environnement propice aux affaires ont aidé à l’émergence d’une véritable industrie des jeux vidéo.

L’autre atout de l’industrie, c’est son indépendance technologique, rendue possible par un enseignement scientifique traditionnellement de qualité. A chaque fois qu’un concours de programmation a lieu, une équipe polonaise se hisse parmi les meilleurs. Historiquement, la Pologne est très forte en sciences dures.

C’est aujourd’hui l’un des atouts du pays : son indépendance technologique. Les jeunes polonais créent leurs propres outils de développement plutôt que d’utiliser des solutions clés en main américaines ou suédoises. C’est un grand avantage pour eux de se concentrer sur des choses qui les passionnent, comme le photoréalisme ou les effets de lumière.

Toutefois, le secteur polonais de l’industrie des jeux vidéo reste encore très atomisé. S’il compte près de 500 studios de développement, ces entreprises de taille modeste produisent essentiellement des jeux indépendants, sans l’appui des éditeurs (Activision Blizzard, Electronic Arts…) et intermédiaires qui assurent la publication et la diffusion des jeux vidéo.

Néanmoins, grâce à l’avènement de plateformes de distribution en ligne telles que Steam, les jeux indépendants polonais ont pu acquérir une véritable reconnaissance à l’international. La Pologne a le savoir-faire, il lui reste maintenant à le faire savoir.

Et toutes les occasions sont bonnes… Lors d’une visite du président américain Barack Obama en Pologne, il a reçu en cadeau des exemplaires de The Witcher. Donald Tusk, à l’époque Premier ministre polonais, avait déclaré à l’occasion : « Je l’avoue, je ne suis pas très bon aux jeux vidéo, mais on m’a dit que c’était un bel exemple de la place occupée par la Pologne dans la nouvelle économie mondiale. » Loin des clichés que l’on peut avoir sur le jeu vidéo et son caractère infantile, il est en réalité devenu une industrie génératrice d’emplois et créatrice de valeur ajoutée. En Pologne, elle est devenu un modèle pour une économie qui se tourne toujours davantage vers le numérique.

Selon le dernier rapport de l’OCDE sur la Pologne , Il est crucial de renforcer l’innovation, d’améliorer les infrastructures et d’investir dans les compétences. Compte tenu de l’accentuation des pénuries de main-d’œuvre et de compétences, de nombreux employeurs comprennent aujourd’hui à quel point il est important d’investir dans la formation, voir de sous-traiter dans des pays à fort potentiel et salaires relativement bas… tel que la Tunisie…

Les leçons pour la Tunisie

Les perspectives pour le jeu vidéo sont prometteuses pour la Tunisie, pour le loisir, mais aussi pour d’autres utilisations comme le « serious games », véritable outil pédagogique qui pourrait à terme révolutionner le système éducatif tunisien, et d’autres domaines comme e-santé, les objets connectés ou encore les smart-cities. Le jeu vidéo permet aussi aux entreprises de faire la promotion de leurs produits et de vulgariser les nouvelles technologies auprès du grand public, comme la réalité virtuelle.

Les jeux vidéo sur mobile et les jeux en ligne sur ordinateur vont enregistrer une montée en puissance dans les prochaines années au détriment des jeux sur console. Ce phénomène proviendrait de « l’hyper connectivité des individus » qui souhaitent désormais consommer ce qu’ils veulent à tout moment, sur la plateforme de leur choix et donc via une multitude de supports (smartphone, tablette,…).

Le jeu vidéo est plus important, en terme de chiffre d’affaire, que le cinéma et la musique. Il compte par ailleurs d’importantes perspectives de développement grâce à la démocratisation du jeu sur smartphones.Ce secteur en pleine expansion et comptant une grande diversité de métiers demeure encore peu connu dans notre pays. Le système éducatif actuel en Tunisie ne permet pas le développement de toutes les compétences nécessaires pour la mise en place d’une industrie du gaming, comme concept artist, game designer, level designer, community manager, brand manager, Graphiste 2D, Modeleur/textureur 3D, Animateur…

Le rôle du secteur privé est essentiel et son soutien/collaboration avec à la société civile pour lancer des initiatives innovantes et originales est crucial. A titre d’exemple, un accord de collaboration et de partenariat a été conclu entre le MDI et le Groupe SOFRECOM Tunisie pour démarrer des formations gaming et TIC en Tunisie, et plus tard en Afrique du nord.

Selon Ghazi Ben Ahmed, directeur du MDI, « Cette synergie avec SOFRECOM devrait permettre de favoriser la professionnalisation de la filière gaming en Tunisie. Il est important que les jeunes cessent de compter sur le secteur public et trouvent des relais fiable dans le secteur privé. De plus, la coopération avec la Pologne va donner de la visibilité nécessaire pour nos talents et leur permettre de coopérer avec leurs studios gaming, voir même sous-traiter certaines tâches. La Pologne peut nous montrer la voie… »

En conclusion, dans un monde toujours plus rapide et connecté, l’enjeu de l’investissement en capital humain et des Tech Clusters, synonymes d’emplois, de croissance, de grappes d’innovations et d’ouverture d’esprit est le défi technologique, économique, mais aussi politique et culturel de la nouvelle Tunisie. Des formations de qualité et une culture entrepreneuriale pourraient constituer la clé à plusieurs problèmes qui se sont accrus après la révolution, à savoir le ralentissement de la croissance économique, la fuite des cerveaux, la montée du chômage des jeunes et la compétitivité de nos entreprises.

On doit aussi réformer en amont, et révolutionner l’enseignement qui prépare à la vie active et aux métiers du futur.

L’expérience de la Pologne peut être pour nous une source d’inspiration et de coopération.