Après le Covid : La Tunisie pourrait être à nouveau le pays d’opportunités

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L’unité de recherche et d’analyse du cabinet de conseil PROCONSULT Tunisia qui est composé d’éminents experts, ingénieurs et anciens ministres vient de publier son rapport du mois d’avril 2020.

Ce rapport périodique, qui fait partie d’un package de services offerts par le cabinet, tente d’approfondir la réflexion sur la conjoncture et de prospecter ses perspectives en analysant le factuel et en appréhendant les éventuelles évolutions afin de mettre à la disposition des acteurs politiques et économiques un outil leur permettant d’évaluer les risques, saisir les opportunités et mettre en place les différentes stratégies d’expansion et/ou de repositionnement des activités.
Ayant constaté que l’offre d’étude et de conseil disponible sur la place revêt souvent un caractère technique et se limite au mieux aux aspects économiques PROCONSULT Tunisia a veillé, à enrichir l’offre par une matière plus globale en adoptant une approche synthétique basée sur une prospection de l’environnement stratégique ainsi que de l’environnement politique national pour couvrir les domaines économique, financier, social, et même sécuritaire et environnemental le cas échéant.
Ciblant un large public de spécialistes et d’experts, ce rapport évitera, intentionnellement les détails au niveau de l’analyse et de la prospection et se focalisera sur les conclusions et les jugements majeurs.
Il convient de noter, que les termes de ce rapport constituent un point de départ pour engager un processus de production d’études approfondies traitant des problématiques structurelles mises en exergue par la pandémie en face des acteurs politiques et économiques. Ce rapport est publié en trois langues : arabe, française et anglaise

2. Synthèse
Le rapport met le point sur la situation de la Tunisie au mois d’Avril 2020 et tente d’anticiper les évolutions possibles.
Il est évident que tout effort de prospection dans des circonstances pareilles consiste à traiter plusieurs facteurs interdépendants non maitrisables mais aussi imprévisibles en termes de perspectives et d’impact.
Certes une défaillance de solidarité dans le management international de cette crise, a été constatée, néanmoins il n’y aurait pas de voies de sauvetage de l’humanité sans coopération globale et multidimensionnelle.
Sur le plan national, une approche progressive a été adoptée par les autorités tunisiennes dans la gestion de la crise. Les pertes humaines sont certes acceptables par rapport à des situations similaires. Ce succès relatif est imputable à la transparence et à la relative confiance dont dispense l’équipe gouvernementale.
Par ailleurs, il est possible de composer avec les répercussions économiques, financières et sociales, ainsi que les effets de la perte d’emplois et le coût des charges financières supplémentaires, seulement si la pandémie est maîtrisée au niveau national ainsi que dans les pays voisins et partenaires (Algérie, Libye, Europe du Sud et Allemagne) dans une période ne dépassant pas deux ou trois semaines.
S’agissant de l’après-crise, on estime que le contexte mondial et régional mettra plus de pression sur la Tunisie qu’auparavant, en raison :
– De la préoccupation des pays européens de traiter leurs situations ce qui les amènerait probablement à recourir à des politiques protectionnistes ;
– Du tarissement des opportunités d’investissement en Libye, compte tenu de la poursuite probable du niveau bas des prix du pétrole ;
– De la probabilité que l’Algérie affrontera une période difficile liée aux retombées de l’effondrement des prix du pétrole sur sa situation économique.
En conclusion, nous estimons qu’une gestion réussie de la phase post-corona dans un scénario optimal de maitrise des aspects sanitaires dans deux ou trois mois, demeure tributaire de deux facteurs fondamentaux :
– Premièrement : Traiter la crise de confiance entre les principaux centres de pouvoirs et de décision du pays.
– Deuxièmement: Repenser différemment les solutions et les priorités en guise de réviser le «modèle de développement économique et social».
C’est dans ce sillage que la Tunisie pourrait continuer d’être un pays d’opportunités.

3. Analyse
Cette partie va s’atteler à l’analyse des régions et des facteurs ayant le plus d’impact sur la Tunisie.
3.1. Le contexte régional et mondial :
Depuis décembre dernier, le monde entier fait face aux ravages d’une pandémie qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes dans plus de 200 pays à ce jour. Certes, l’humanité est habituée à affronter des catastrophes majeures, cependant, cette crise actuelle diffère du fait qu’elle est globale, profonde et ayant des répercussions à long terme.
C’est une crise globale qui a abolit les frontières et a mis à nu les limites du système international actuel. Elle a, aussi, dévoilé les limites de la structure sociale de la famille à l’individu et a chamboulé tous les domaines de l’activité humaine de la santé, l’économie, l’éducation, la religion, la culture, la politique et a remis au centre d’intérêt des problèmes existentiels plus complexes.
Il s’agit d’une crise profonde qui non seulement remet en question le fonctionnement du modèle civilisationnel dominant, mais rejette aussi les fondements de ce modèle.
Il s’agit d’une crise à long terme dont personne ne connait les aboutissements et ne peut la gérer avec agilité que si on arrive à maitriser la crise sanitaire et arrêter la propagation de l’épidémie au niveau mondial.
Par conséquent, cette crise doit être gérée d’une manière globale qui dépasse la dimension immédiate. Le monde post-Corona ne sera pas le monde d’avant, qu’il s’agisse d’économie, d’affaires, de politique ou de sociologie. La soutenabilité des différents dogmes ayant conditionné les relations internationales sera mise à rude épreuve.
On s’intéressera, dans ce qui suit, à explorer les effets du Covid-19 sur les pays ayant le plus d’impact sur la Tunisie à savoir les pays voisins (Algérie et Libye) ainsi que les partenaires économiques historiques (France, Allemagne et Italie).
a. Algérie :
L’Algérie est confrontée à des défis économiques, sociaux et politiques complexes dont les fondements sont enracinés dans le temps. La hausse des prix du pétrole au cours des dernières années et la manne qu’elle s’est procurée ont obscurci la nécessité de diversifier et de libéraliser l’économie de la dépendance à l’égard du pétrole et de ses prix volatils.
Pour préparer le budget 2020, le gouvernement s’est appuyé sur l’hypothèse d’un prix du baril de pétrole à 50 dollars et s’est concentré sur un ensemble de réformes fiscales et économiques dans le but de mobiliser des ressources suffisantes pour éviter de recourir à des mesures sociales dures dans une situation politique intérieure délicate.
Cependant, les répercussions de l’éclosion de l’épidémie de Corona sont venues pour compliquer davantage la situation et ajouter aux défis internes chroniques, des défis économiques supplémentaires, qui ont obligé le gouvernement à prendre des mesures d’austérité strictes. En effet, une baisse prolongée des prix du pétrole obligerait le pays à recourir à des emprunts extérieurs avec leurs corollaires de programme de réformes coûteux aussi bien politiquement que socialement.
L’Algérie, comme tous les autres pays de la région, sera affectée par les contextes géopolitiques post-Corona, compte tenu de son poids politique et pourrait faire l’objet d’intenses conflits entre la France, la Chine, les États-Unis et la Russie.
La situation algérienne sera plus complexe, dans les prochaines années. En effet, les autorités algériennes auraient à juguler des défis combinés dans une ambiance de méfiance accrue entre l’État et la société.
b. Libye :
En raison de l’incapacité de Haftar à contrôler Tripoli et de la conviction des grandes puissances de l’impossibilité d’une solution militaire réussie et durable, toutes les conditions sont réunies pour l’instauration d’une solution politique consensuelle ainsi que la possibilité de la tenue d’élections constitutionnelles et l’établissement d’une phase plus stable. Cependant, ce scénario a été compromis par la propagation de la pandémie et les appels au cessez le feu sont restées vains.
La Libye fait face aujourd’hui à deux guerres civiles simultanées qui n’ont pas cessé. En l’absence d’un Etat central et d’une administration stable, personne ne peut contrôler l’engagement des gens à prendre des mesures d’isolement, ni donner une image précise de l’étendue de l’épidémie dans une situation dans laquelle des mercenaires d’un certain nombre de pays voisins s’infiltrent ou définissent une stratégie de traitement avec deux départements, l’un à l’est et l’autre à l’ouest avec les conflits connus concernant les ressources budgétaires.
c. Europe :
La crise a démontré la faible solidarité entre les pays européens et la fragilité de l’Union européenne qui n’a pas réussi à définir une approche unifiée ni suffisamment solide avec ses pays les plus touchés, notamment l’Italie et l’Espagne. En effet, le rôle des institutions transnationales, qu’il s’agisse d’institutions régionales ou internationales, y compris l’Union européenne sera parmi les questions qui seront soulevées après la fin de cette crise sanitaire.
Bien que l’Union européenne vienne d’octroyer un don à la Tunisie de 250 millions d’euros, ce soutien ne sera certainement pas aussi généreux prochainement. En effet, l’Italie et la France ont essuyé des pertes considérables durant cette crise et les pertes en Allemagne ne sont pas négligeables. Une montée des tendances nationalistes dans ces trois pays est attendue, au moins dans la période immédiate de la fin de crise. Ainsi, on s’attend, dans un premier temps, à ce que des politiques plus protectionnistes face à l’offre en provenance de Tunisie seraient mises en place ainsi qu’une plus grande sélectivité face à l’immigration. Dans un deuxième temps, la remise en cause de la mondialisation et les changements qui marqueraient la supply chain mondiale sont de nature à ouvrir de nouveaux horizons à la Tunisie eu égard aux considérations de proximité, d’efficacité du travail et des liens historiques.
3.2 La crise en Tunisie :
a. Sur le plan politique :
Après une longue gestation, le nouveau gouvernement tunisien a obtenu la confiance du parlement le 21 février 2020, pour se retrouver directement face à une crise dont personne ne peut prédire ni l’ampleur ni la durée, et aucun traitement national ne peut ignorer ses dimensions complexes et imbriquées.
Afin de faire face à cette pandémie, le gouvernement a adopté une approche progressive visant à protéger les vies humaines mais aussi éviter de perturber l’économie globale.
Cette démarche est compatible avec la nature ouverte du pays et sa fragilité économique, qui dépend des échanges et de la libre circulation, et prend en compte avant cela les charges financières attendues. Elle a démontré une certaine efficacité en contrôlant la progression de l’infection et en réduisant les décès.
Dans ce sens, le gouvernement a pris un ensemble de mesures efficaces à court terme, mais insuffisantes face aux réactions de milliers de familles assiégées sans ressources si la période de confinement venait à s’allonger.
En cours de gestion de la crise, les lacunes du système politique ainsi que les tiraillements entre les différents pouvoirs sont devenus clairs.
Le ministre de la santé et son équipe sont apparus à l’avant-garde de la gestion de crise, tandis que le chef du gouvernement a pris un certain temps pour que sa communication de crise prenne sa vitesse de croisière et qu’il arrive à rassurer les citoyens. Au cours des semaines suivantes, d’autres membres de l’équipe gouvernementale ont réussi à affirmer leurs rôles et à faire valoir leurs participations.
En résumé, la communication gouvernementale s’est améliorée, sans pour autant atteindre son paroxysme. Elle n’a pas réussi à véhiculer l’image d’une équipe diversifiée et intégrée qui partage la responsabilité, la solidarité pour rassurer et mobiliser les citoyens.
De même, la demande du chef de gouvernement de gouverner par ordonnance a été l’occasion d’altérer davantage la méfiance entre les partenaires politiques.
En plus des acteurs officiels, nous pouvons enregistrer :
– La résurgence des valeurs de solidarité comme l’attestent les dons faits au profit du fonds dédié au Covid-19 ou encore à travers les formules d’entraide spontanées
– Le rôle important de la société civile, en particulier des jeunes volontaires, pour fournir des services, des conseils et des orientations rappelant la vague d’initiative citoyenne ayant suivi les premiers mois de la révolution ou encore les deux mois qui ont suivi les récentes élections présidentielles.
– Le rôle de l’Union générale tunisienne du travail qui craint que la crise ne soit utilisée comme argument pour remettre en cause certains acquis sociaux de la classe moyenne et pour mettre en œuvre les recommandations des institutions financières internationales.
– Le rôle obstructif de certains hommes d’affaires à travers des comportements monopolistiques et des hausses de prix injustifiées.
– La bonne performance des institutions médiatiques sauf certaines chaînes dépendant des milieux des affaires et qui ont tenté de faire du chantage au gouvernement.
Dans des situations de guerre pareille, l’harmonie de leadership est plus importante que les politiques et les procédures, car elle est le seul garant de son adéquation, sa durabilité, rapidité et de sa bonne application, toute comme l’union nationale qui est une condition indispensable à la victoire.
B. Sur le plan économique :
La crise du Covid-19 s’est déclenchée dans une conjoncture économique marquée par une distorsion des équilibres financiers et un déclin des principaux indicateurs macroéconomiques (enregistrement d’un taux de croissance de 1% en 2019). Ce contexte rend les pressions de la crise sur une économie en marasme et un modèle de développement ayant atteint ses limites plus amplifiées sur ses capacités de résilience notamment sur les ressources de l’Etat, la capacité du tissu économique à contenir les effets et la détérioration des conditions de vie du citoyen ce qui se traduisait par une détérioration plus prononcée des fondamentaux économique malgré les signaux de reprise constatés.
Provoquant l’adoption de procédures de quarantaine et la cessation du trafic aérien, terrestre et maritime, sur le plan national et international, la crise n’a pas manqué d’affecter divers secteurs et segments professionnels bien que de manière différenciée. En effet, Les secteurs les plus impactés sont les secteurs du tourisme, des transports et des travaux publics ainsi que ceux exportateurs et ceux dont la production dépend des matières premières et des biens d’équipements importés, notamment d’Europe et de Chine. L’impact de cette crise se propagerait sans aucun doute de manière échelonnée au secteur financier notamment bancaire principal pourvoyeur de financement au tissu économique.
En dépit de la difficulté d’anticipation compte tenu des multiples scenarii probables liés à la durée de la crise et à l’ampleur de ses dommages collatéraux, les prévisions indiquent que l’économie nationale connaîtra non seulement une stagnation mais plus probablement une récession qui pourrait dépasser 1% dans un scenarii optimiste. Cette récession franchirait le cap de trois points de croissance si la crise durerait à l’automne prochain et bloquerait les principaux secteurs de production.
Surpris à l’instar des autres pays, le gouvernement et la Banque Centrale ont rapidement réagi par la prise des mesures à caractère monétaire, financier et fiscales pour contenir les effets attendus de la crise sur le tissu économique et les différentes couches sociales visant à :
– Soutenir la capacité du tissu national à résister à la crise pour assurer la continuité de ses activités, honorer ses engagements et éviter des pertes colossales et les faillites potentielles aggravant la situation du chômage
– Aider les populations vulnérables et marginalisées à maintenir un pouvoir d’achat et des conditions de vie décent pour éviter les tensions sociales potentielles.
– Soutenir les capacités opérationnelles des unités de santé pour maitriser les pertes humaines et préserver le capital humain.
Si les mesures fiscales ont consisté à reporter certaines obligations fiscales des entreprises sinistrées pour atténuer l’impact de la pression fiscale sur la trésorerie des entreprises, les mesures à caractère monétaire et financier se sont différenciées en deux catégories :
la première catégorie a été prise à l’initiative de la Banque centrale qui a baissé le taux d’intérêt directeur de 100 points de base pour alléger le coût de financement sur les entreprises et les particuliers, tout en invitant les banques à reporter les échéances de crédits au titre des six prochains mois pour les particuliers à revenu limité pour préserver leur pouvoir d’achat.
Ce report d’échéances qui a été consacré aussi aux entreprises sinistrées vise à atténuer la pression sur leur liquidité pour leur permettre de subvenir aux dépenses opératoires et servir notamment les salaires surtout que la Banque Centrale s’est engagé à assurer au secteur bancaire le refinancement du besoin additionnel de liquidité nourri par ledit report.
La Banque centrale a conforté ces mesures en obligeant les banques à s’abstenir à toute distribution de dividendes au titre de 2019 afin de renforcer leurs assises financières par rapport aux risques potentiels, tout en consacrant la gratuité des opérations de paiement électroniques dans l’objectif de promouvoir ces transactions qui sont plus compatibles avec les circonstances du confinement et avec la transparence financière.
Le gouvernement a appuyé les mesures prises par la Banque Centrale par la mise en place de deux fonds d’investissement le premier pour une enveloppe de 500 MD pour soutenir les ressources permanentes des entreprises qui préservent l’emploi et le second d’un montant de 100 millions de dinars, destiné exclusivement au rachat des participations des fonds d’investissement dans ces entreprises . Ces fonds sont confortés par un mécanisme de garantie de nouveaux crédits, d’exploitation dispensés par les banques aux entreprises pour une durée de 7 ans, dont deux ans de grâce.
Les mesures destinées au secteur de la santé se sont limitées à la création d’un mécanisme d’investissement d’un montant de 100 MD pour financer l’acquisition d’équipements pour les hôpitaux et les établissements de santé publique, tout en exemptant les institutions opérant dans le secteur de la taxe sur la valeur ajoutée sur la vente en gros et en détail des médicaments.
Cet ensemble de mesures représente, certes, une intervention nécessaire dictée par l’évolution rapide de la pandémie, néanmoins elle ne constitue guère une stratégie globale et dynamique fondée sur une appréciation du moins préliminaire de la situation et des implications de la crise, notamment en matière du nombre d’entreprises sinistrées, et des postes d’emploi susceptibles d’être perdus et du volume des ressources financières nécessaires pour contenir ces implications et des sources et mécanismes de mobilisation des ressources dans le cadre de simulations des équilibres financiers et macroéconomiques. En effet, cette approche :
 pose la problématique de la gouvernance des interventions et ce qu’elle requiert en termes de coordination, de conjugaison des efforts et de répartition des rôles entre les institutions de l’État, notamment entre le les différents départements ministériels d’une part et le Gouvernement et la Banque Centrale d’autre part, loin de tout conflit de prérogatives et de pouvoirs en rapport avec la nature globale de la crise et sa dimension systémique qui interpelle la stabilité financière et sociale .
 requiert l’adoption d’une réflexion et de conceptions qui se détachent des politiques conventionnelles, qu’il s’agisse de l’appréhension des équilibres globaux ou des mécanismes à adopter pour répondre aux exigences financières de la situation. Ainsi, il n’y a aucun doute ni de mal que le déficit budgétaire, serait creusé voire doublé avec ses implications sur l’endettement, mais l’essentiel c’est d’éviter les dérapages aigus non maitrisables ce qui nécessite la recherche de nouvelles solutions non conventionnelles pour mobiliser des ressources intérieures ou étrangères.
A cet effet, il serait opportun de réviser le budget en procédant à un redéploiement d’utilisation des ressources sur la base des priorités de la période notamment sociales, sanitaires et d’urgence pour préserver le tissu économique à la faveur des économies de la compensation énergétique issues de la baisse des prix du carburant ainsi que du report des investissements et des dépenses possibles, dont les augmentations salariales projetées et surtout la renégociation avec les partenaires financiers des échéances la dette publique extérieure , soit par le rééchelonnement, ou par la mobilisation de ressources de relais ainsi que la ré-affection des lignes d’emprunts engagés et non encore décaissées
La mobilisation des ressources internes dans cette période de menaces à la stabilité financière interpelle sur le rôle de la Banque Centrale pour soutenir, à titre exceptionnel, le budget à travers l’achat plafonné de titres publiques, sur l’appel à la souscription nationale ou dédiée aux institutions et groupes ayant une surface financière solide voire même au secteur informel dans une logique d’intégration et de réconciliation .
Dans ce contexte, la finance participative présente autant de solutions alternatives compatibles avec les exigences de la période. C’est ainsi que la mise en place du dispositif d’économie sociale et solidaire et du Fonds Zakat sous une forme développée et le recours effectif à l’émission de soukouk souverains sont, loin de tout tiraillement idéologique, d’autant plus recommandés pour prendre le relais sur le budget de l’État et mobiliser des ressources additionnelles auprès de sources non traditionnelles.
En l’absence du recours à des solutions non conventionnelles pour gérer la pression sur le budget de l’Etat et compte tenu des dommages ayant secoués les secteurs mobilisateurs de devises, la pression s’étendrait sans nul doute à la balance des paiements, pour peser sur les réserves en devises et le cours du dinars par rapport aux principaux devises sur le marché des changes surtout si l’on sait que les échéances de la dette extérieure pour l’année 2020 représentent l’équivalent 40% de ces réserves.
Il est aussi attendu avec l’assèchement de liquidité sur le marché bancaire, alimenté entre autres par le report des échéances, que le refinancement des banques atteindrait un niveau spectaculaire, soit environ le double du niveau actuel pour frôler 20 milliards de dinars avec les pressions inflationnistes qu’il peut nourrir venant amplifier la situation du déséquilibre entre l’offre et la demande des produits déjà sous tensions en rapport avec la déstabilisation de l’appareil productif et la non maitrise des circuits de distribution.
En outre, la mise en application effective et accélérée des mesures préconisées pour éviter que la situation ne s’empire suppose, en premier lieu la mise à la disposition du gouvernement des mécanismes juridiques pour agir avec la rapidité requise ce qui exige inéluctablement de restaurer un climat de confiance et de coopération mutuelle avec l’appareil législatif ignorant tout conflit de pouvoirs.
Cette mise en application suppose secondo et principalement, des moyens organisationnels et logistiques pour statuer sur l’éligibilité des bénéficiaires du tissu économique au soutien et de s’assurer que chacune des mesures ait atteint les entreprises et la population ciblées et de pouvoir suivre l’évolution de leurs situation.
Quant aux mesures prises par le gouvernement pour préserver la santé des citoyens et replâtrer le dispositif de santé, elles représentent le minimum incompressible et ne permettent à ce dispositif que de faire gagner du temps pour pouvoir gérer la prise en charge d’un nombre de contagion en évolution.
En somme et eu égard au fait que l’économie tunisienne n’est pas suffisamment structurée, l’État ne peut et ne doit aucunement miser sur des mesures exceptionnelles pendant une période prolongée, car il ne pourrait ni garantir aux gens leur gagne-pain, ni supporter le coût d’un effondrement total de l’économie avec ses implications sociales
Cela exige de repenser sérieusement les priorités et les préalables des réformes pour la période à venir, à l’instar de l’approche du traitement du secteur informel, la restructuration des entreprises publiques, la digitalisation de l’administration et la révision de sa gouvernance ainsi que la réforme de la compensation.
L’accélération du développement de l’identifiant unique en tant que logistique nécessaire pour produire des données importantes sur la population et l’économie s’avère indispensable pour concevoir les politiques et rationaliser les interventions de l’Etat et ce dans un cadre optimal de coordination entre les institutions de gouvernance de l’Etat loin de tout conflits de pouvoirs.
C. Sur le plan social :
Le pays souffre de problèmes structurels en matière d’emploi et d’employabilité.
Le premier est les limites de la disponibilité d’emploi. En effet, le pays enregistre un taux de chômage élevé (plus de 14,9% soit environ 624 mille de chômeurs avec un taux de chômage masculin de 12,1% et un taux de chômage féminin de 21,7% et en particulier au niveau des jeunes de 15 à 24 ans (33,8%). La crise de l’emploi est exacerbée au niveau des diplômés universitaires (27,8%, soit environ 255,5 mille chômeurs avec un taux de chômage masculin de 15,7% et un taux de chômage féminin de 38,1%). Cette situation révèle de profonds déséquilibres sociétaux traduisant des disparités régionales et des disparités au niveau du genre et des tranches d’âge.
Le second problème concerne la dualité stabilité / précarité du travail, en ce sens que la cartographie de l’emploi dévoile des déséquilibres prononcés entre les secteurs public et privé et entre le secteur formel et informel, ainsi qu’entre les institutions stables et celles ayant des difficultés structurelles.
Et le troisième problème est lié à la productivité du travail.
Si les mesures annoncées par le chef du gouvernement pourraient réussir à soutenir provisoirement certaines couches sociales et micro-entreprises mises à rude épreuve suite au confinement, elles seront incapables en cas de prolongement de la crise et propagation de ses effets d’apporter des solutions concrètes et un traitement permanent au sort de milliers de familles dépendantes du petit commerce, du travail journalier et de proximité ainsi que celles, opérant dans de petites entreprises exportatrices, du tourisme et des transports.
Les aides distribuées aux bénéficiaires ne pourraient que satisfaire provisoirement et partiellement leurs besoins alors que la précarité de leur situation serait prolongée et le besoin à des mesures exceptionnelles serait amplifié. En effet nul ne peut prédire
Il n’est pas exclu que face à la prolongation de la période de confinement, que tensions sociale voire une révolte populaire éclate en raison de la difficulté à supporter la pression psychologique résultant du blocus et en raison des conditions de vie indécentes des couches sociales sans ou dont le revenus dépend du travail quotidien, conjuguées à l’insuffisance d’offre de produits de base ou du blocage des voies de distribution et de la surenchère surtout avec l’avènement du sein mois de ramadan.
En outre, il ne faut pas ignorer l’évolution de la situation de la diaspora tunisienne dans les pays d’accueil puisqu’il n’est pas exclu qu’elle serait confrontée à une vague d’exclusion liée des tendances nationalistes dans plus d’un pays, ce qui exercera une pression supplémentaire sur le marché du travail national outre la régression inévitable des transferts de revenus étrangers.
Personne ne peut prédire la situation post covid 199 et s’il est possible une reprise d’activité ordinaire sans dommages collatéraux pour certains secteurs, et dans qu’elle mesure le pays serait contraint à recourir à de choix nouveaux et procéder au redéploiement des ressources humaines ? Comment gérer la demande additionnelle d’emploi qui trouvait auparavant des alternatives dans l’émigration et la coopération internationale compte tenu des politiques protectionnistes des pays d’accueil?
Plusieurs catégories sociales sont dans une situation précaire et la situation de la classe moyenne n’a pas cessé de s’effriter et bien que la Tunisie n’ayant pas connu depuis des décades la famine, les pronostics de prolongement de la crise au-delà d’une année pourrait conduire le pays à confronter un tel état avec ses graves implications sociales ce qui met à la charge de L’État et notamment les ministères concernés, en particulier les finances, le développement, l’emploi, l’agriculture, le commerce et les autorités locales, l’obligation d’adopter une politique préventive et suppose qu’ils doivent œuvrer à repenser le modèle de développement et à adopter des comportements d’austérité qui peuvent servir non seulement à la période de crise mais au-delà.